Savez-vous parler le klokobetz ?

La Hune.
Chanteur-conteur à l’expressivité étonnante, Nosfell se produit ce soir.


 

Parmi les coups de génie des programmateurs du Printemps, il y a la présence à La Hune de Nosfell. Auteur-compositeur-interprète hautement inclassable, Nosfell est le plus bel OVNI de la chanson. Voix multiples et percussives, porteuses de sonorités étranges, il nous entraîne aux confins d’un pays « de rêve et de réalité » où se mêlent guitare et voix à la Bobby Mc Ferrin. Sa fusion folk tient autant de l’intensité mélodique de Joni Mitchell que de l’inventivité brute de Tom Waits.

Voir Nosfell sur scène est une expérience unique « à la fois sonore, visuelle et sensorielle », dixit les fans de plus en plus nombreux de ce caméléon musical. C’est tout un imaginaire que l’on voit éclore, surprenant et totalement original. Un tour de chant à l’expressivité étonnante, qui tient autant de la performance physique que du conte poétique où percussions buccales, guitare acoustique et violoncelle semblent se répondre. Vêtu de noir ou torse nu, Nosfell apparaît seul en scène ou accompagné d’un violoncelliste (Pierre Le Bourgeois), évoluant au sein d’un melting-folk fait de douceur et de rage. Univers hypnotique... Apprêtez-vous à entrer en terres « Pomaie Klokochazia Balek », du nom de son premier album autoproduit. Nous voilà plongés au coeur d’une contrée de légendes où le conteur-musicien crée toutes sortes de personnages, dont il endosse le rôle. Voici que surgit le vieux Shaünipul, « employé en perte d’identité », ignoré de tous et qui à la fin de son existence part en quête de « ce qui lui rendra sa crédibilité ». Il y a aussi le parcours improbable de Blewkhz, 7e fils du roi Stevgak, ou celui de Milenaz, lequel fit « couler du bout des doigts la sève dont se nourrissent les enfants de Windaklo ». Et beaucoup d’autres histoires improbables et fantastiques, plus folles les unes que les autres.

Maître à bord d’une planète pleine de poésie, Nosfell danse, crie, tape du pied, grimace et joue de la guitare incroyablement. Il est cet ensorceleur qui envoûte et fascine. Il faut absolument le découvrir. Chanteur et comédien doué, il impressionne par la dextérité de sa voix-instrument et par l’entière implication de son corps disloqué, mi-homme, mi-animal. Adepte d’une langue personnelle - le klokobetz (mix afro-occidental) qui n’est pas sans rappeler le kobaïen de Magma des années 1970 - il a été révélé à Bourges en 2004 (prix Attention Talent Scène). Cette fois, il risque fort de s’y faire un nom.


V. H.
Le 21/04/2005
Page imprimée sur http://www.humanite.fr
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